Notion de groupe et théories sociologiques liées au groupe.
La notion de groupe
Qu'est ce qu'un groupe ? Selon Turner (1981) le groupe n'existe que si au moins deux individus se définissent eux même comme faisant partie de ce groupe et qu'un troisième individu reconnaît cette existence. Cependant le groupe n'est pas qu'un rassemblement d'individus dans un même lieu ou partageant des valeurs communes. De grandes différences opposent, par exemple, des groupes de supporter sportifs, des groupes politique, des groupes ethniques, des groupes de collectionneurs, hommes-femmes, des fans club, ou club en tous genres. Dans tous les cas l'individu va s'approprier les valeurs et les codes propres à son (ou ses groupes) d'appartenance.
A ce titre, il faut différencier le groupe et le simple agrégat d'individus. Ainsi, par exemple, les membres d'un même parti politique feront parti d'un groupe social défini, le pourcentage de gens atteint d'une maladie orpheline (rare) sera considéré comme une catégorie statistique et une quantité de visiteurs donnée dans un zoo sera considéré comme une collection d'individus.
Le groupe se reconnaît par un ensemble de relations directes et privilégiées. De plus d’autres aspects interviennent dans la notion de groupe comme la taille, le statut, le rôle et les normes.
· La taille : on peut considérer l'existence d'un groupe à partir d'un nombre entre 3 et 12 individus (pour Rebelson et Steiner, un groupe de plus de 12 personnes perd de son efficacité)
· Le statut désigne la place de l'individu par rapport à l'échelle sociale.
· Le rôle désigne un modèle de conduite attribué à un individu en fonction de son statut (rôle du manager ...)
· Les normes représentent un ensemble de règles élaborées par le groupe auxquelles les individus doivent se soumettre. Les normes sont caractérisées par la connaissance des valeurs du groupe et par le contrôle de l'environnement qui va permettre une meilleure décision et l'évitement des transgressions. Les normes agissent en tant que régulateurs par rapports aux valeurs sociales du groupe.
Le Groupe : les stéréotypes et les préjugés
Dans son entretien vidéo, Le regard psychosocial , Serge Moscovici nous donne quelques notions de sociologie et rappelle : "les préjugés font partie de la connaissance d'un groupe". Les influences du groupe sur l'individu sont nombreuses et diverses, ainsi l'histoire, l'intégration des normes, l'apprentissage des rôles dans la société, les sites de socialisation (facebook, twitter et autres) sont autant de facteurs qui vont définir et structurer des stratégies de défenses individuelles et collectives de l'individu.
Faut-il pour cela voir les stéréotypes et les préjugés comme des interactions négatives entre individus ? Les stéréotypes sont nécessaires à l'individu pour la construction de son équilibre social et personnel. Les stéréotypes renforcent de manière rassurante le sentiment d'appartenance au groupe et la reconnaissance au sein de ce dernier. Cependant il est important de connaître et de maîtriser les limites acceptables des stéréotypes et des préjugés afin de ne pas tomber dans un processus de stigmatisation.
Le stéréotype du Français moyen râleur avec sa baguette de pain et son béret peut prêter à sourire mais qu'en était il des stéréotypes attribués aux juifs et aux gens du voyage pendant la seconde guerre mondiale (et encore à ce jour)? THEMANAGER
En savoir plus : Peut on vivre sans stéréotypes
Les différents types de groupes
Les grands groupes
· La foule : attroupement fortuit d'individus ou réunion d'individus suite à une même motivation.
· La bande : réunion volontaire d'individus autour d’un point commun.
· Les regroupements : réunion plus ou moins fréquente d'individus poursuivant un intérêt commun (parti politique, syndicat, confrérie ...)
· Les groupes sociaux : représentés par l'Etat qui comprend l'ensemble des citoyens (classes sociales : bourgeoisie, classe moyenne ...)
· Les services sociaux : groupes chargés d'organiser la vie en commun (éducation nationale, forces de l'ordre, santé ...)
Les groupes restreints
1. Groupes primaires et groupes secondaires :
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le groupe primaire est un groupe de petite taille (de trois à une douzaine d'individus) dominé par les relations directes comme la division des tâches, l'adhésion à des buts communs, les affinités, l'indiférence ect. Ce groupe posséde ses croyances, son language, ses normes et ses traditions (exemple : famille, voisins, amis).
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Le groupe secondaire est un groupe de taille plus grande caractérisé par des relations plus superficielles ou les relations sont déterminées et imposées pendant une certaine période (ex. école, entreprise, équipe sportive ...)
2. Groupes formels et groupes informels :
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Le groupe formel correspond à une organisation définie avec des rôles prescrits pour les individus (ex. groupe de travail, équipe de chercheurs, équipe sportive professionnelle ...).
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Le groupe informel est un groupe spontané ou les individus se réunissent et sont présents de leur plein gré sans hiérarchie et rôles imposés (ex. ensemble d'individus qui sympathisent dans un cadre donné).
Une théorie affirme qu'une organisation formelle peut contenir un ou plusieurs regroupements de type informel. L'existence d'une strucure informelle favorise la communication, l'adaptation et le sentiment d'appartenance des salariés, de plus, cette structure peut s'avérer bénéfique pour l'équilibre de l'organisation.
3. Groupes d'appartenance et groupes de référence :
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Les groupes d'appartenance sont des groupes dans lesquels la personne est membre. L'individu trouve des attaches affectives et adhère aux valeurs, normes, et aux habitudes du groupe. Ces groupes influencent fortement les attitudes, les croyances et les valeurs des individus (travail, famille, clubs...).
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Les groupes de référence sont des groupes "étalons" qui servent de base à la comparaison et à l'évaluation des individus (ex. le groupe des parents pour les enfants, le groupe des cadres pour les employés et ouvriers). A partir de cette comparaison inter-groupe plusieurs comportements peuvent se réaliser en relation avec les théories décrites ci dessous.
Les théories suivantes nous démontrent que la socialisation de l'individu à travers son appartenance au groupe, qu'il soit majoritaire ou minoritaire, entraîne l'acquisition et la transmission de stéréotypes et de préjugés.
Les théories sociologiques liées au groupe.
- La théorie du bouc émissaire ou théorie de la frustration de Dollard, Miller, Mowrer et Sears (1939) représente le rapport frustration / agression selon lequel toutes frustration entraîne des réactions agressives. Ces réactions agressives sont dirigées vers la ou les personnes responsable de la frustration. Lorsque les frustrations s'accumulent et que l'agression ne peut être renvoyée à la personne responsable de la frustration, alors un bouc émissaire peut être désigné et peut devenir la cible de préjugés, d'agressions, ou de discriminations.
- La théorie de la brebis galeuse de Marques, Yzerbyt et Leyens (1988) permet de rendre compte de la façon dont les individus perçoivent et évaluent une personne-cible qui se conduit, soit de façon conforme (normative), soit de façon contraire (déviante) à leurs attentes. Que cette personne-cible appartienne au même groupe (endogroupe) ou à un autre groupe (exogroupe). L'effet brebis galeuse correspond à un comportement de groupe.
- La théorie des conflits réels que va développer Sherif (1966) démontre que c'est la compétition pour l'acquisition et le contrôle des ressources naturelles et (ou) économiques qui serait à l'origine des conflits intergroupes. Dans le cas de relations compétitives entre les groupes, les caractéristiques génératrices de comportements conflictuels sont attribuées à l'autre groupe. Dans le cas de relations coopératives la concurrence intergroupe serait à la base des stéréotypes, des préjugés et de discriminations.
- La théorie de l'identité sociale de Tajfel est complémentaire à la théorie des conflits réels. Selon cette théorie, la catégorisation sociale permet à l'individu de se définir comme membre de groupes particuliers (auto-catégorisation) et entraîne un besoin de maintenir ou d'atteindre une identité sociale positive. Cette théorie permet l'étude des conflits intergroupes en postulant que la seule catégorisation en deux groupes distincts entraine un phénomène de discrimination à l'encontre de l'autre groupe (l'exogroupe) uniquement dans le but de se différencier et d'obtenir une identité collective propre à son groupe d'appartenance (l'endogroupe).
- La théorie de la dominance sociale proposée par Sidanius et Pratto (1999) indique que dans toute société organisée, on retrouve l'idée d'une hiérarchie entre les groupes sociaux. Cette hiérarchie sociale, fondée sur l'appartenance à des groupes distincts serait à l'origine des conflits intergroupes et de toutes formes d'oppressions sociales. Les groupes dominant développeraient des idéologies afin de légitimer les inégalités et de maintenir leur statut.
- La théorie de la privation relative de Berkowitz (1972), Crosby (1976), Guimond et Tougas (1994) se définit comme le sentiment d'insatisfaction qui découle de comparaisons négativement perçues. Selon cette théorie, les individus tendent à réagir aux comparaisons injustes, où ils estiment avoir le droit de posséder les mêmes attributs que ceux à qui ils se comparent. La privation relative est un sentiment de mécontentement qui apparaît dans des situations de comparaison sociale et qui prédispose les individus à la révolte.
- La théorie de la justification du système de Jost et Banaji (1994). L'idée centrale de cette théorie est que le système sociale maintient et se perpétue grâce aux stéréotypes sociaux. Les stéréotypes apparaissent comme un moyen d'emprise des groupes dominants sur les groupes dominés, ils visent à maintenir le statuquo entre les groupes, en dépits des inégalités.
- La théorie de la dissonance cognitive de Léon Festinger (1957) permet de comprendre certains processus de changement d'un individu au sein d'un groupe par exemple. Festinger considère que, dès qu'une cognition (une connaissance, une opinion ou une croyance sur soi ou sur autre chose) est mise en contradiction avec l'apparition d'une autre cognition (en contradiction avec celle assimilée par un individu) alors apparaît une inconsistance induisant un état de tension que l'on appelle dissonance.
La voie de réduction ou d'assimilation d'une nouvelle cognition passe par le changement d'attitude appelé rationalisation cognitive qui consiste à modifier ses croyances, attitudes et connaissances pour les accorder avec cette dernière. (En situation de soumission forcée, le processus de réduction de la dissonance s'assimile à la rationalisation du comportement de soumission). Cependant deux cognitions inconsistantes ne suffisent pas à induire un état de dissonance. Il faut pour cela qu'une des deux cognitions soit une cognition comportementale ou l'individu accepte le processus de l'acte problématique et y soit engagé personnellement.
Les définitions sont reprise pour partie du livre : Psychologie sociale S. Delouvéee, editions Dunod (2010)
En savoir plus :
1. La théorie de l'identité sociale de Tajfel et Turner
2. La théorie de la dominance de Sidanius et Prato
3. La théorie de la dissonance cognitive de Festinguer
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Notion de Groupe : caractéristiques et formation des groupes restreints |
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