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Diversité et non discrimination

Identité et diversité

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Article de BERNARD BAUDELET (Professeur des universités)

Titre original de l’article : Identités, assimilation ou identification ?  

L' IDENTITE EN CARTE    

La carte d'identité (1) est le premier signe qui marque l'appartenance d'une personne à un pays. Ce marqueur identitaire établit un lien direct entre les instances administratives d'un État et chacun de ses citoyens. C'est devenu une obligation dans la plupart des pays en un temps où la mobilité est devenue grande et les campagnes, où chacun connaissait l'autre, se sont dépeuplées au profit des villes où l'anonymat prévaut. 

D'autres papiers officiels jouent ce rôle, le passeport, le permis de conduire. Être privé de ces derniers sésames interdit de conduire pour ceux qui sont dépourvus de permis, notamment après de nombreuses infractions ou de voyager en absence de passeport, à moins que la carte d'identité puisse suppléer. Priver un inculpé de son passeport le contraint à ne pas sortir du territoire où il se trouve. Pire les sans-papiers, des personnes de pays pauvres en quête de salaires, sont des intrus, considérés comme inadmissibles dans des pays riches qui veulent limiter les niveaux d'immigration.

note : (1) Je recommande la lecture du livre «Identité(s) L'individu, le groupe, la société» coordonné par Catherine Halpern et publié aux Éditions Sciences humaines en 2009.

On connaît le drame de ces populations qui errent de petits boulots en petits boulots, exploitées par des entreprises sans scrupule et des marchands de sommeil qui les entassent dans des appartements sordides. Ces documents identitaires tendent à devenir de plus en plus sécurisés afin de ne pas pouvoir être falsifiés grâce à des informations biométriques stockées dans  une puce électronique, plus précises qu'une photographie et des empruntes digitales. Ces évolutions sont la réponse aux risques terroristes qui ont profondément marqué des États après les événements du 11 Septembre 2001. Aussi importants que soient ces papiers officiels, les identités des personnes ne sont pas réductibles à des données biométriques, comme cela va être maintenant présenté.

 

DEUX CONSCIENCES 

Le regard des philosophes «Qui suis-je, qu'y puis je? / Dans ce monde en litige. Qui suis-je, qu'y puis je ? / Dans ce monde en émoi», comme l'a chanté Guy Béart. Éternelle question: être objet ou sujet. Un détour approfondi vers les philosophes occidentaux pourrait remplir plusieurs pages, limitons-nous à quelques regards permis au physicien que je suis, forcément béotien dans ce domaine de connaissance. 

Il semblerait que John Locke ait été le premier philosophe occidental à avoir affirmé que la conscience seule constitue le soi, reliant ainsi la conscience de soi à l'identité. Dans un de ses essais (2), on peut lire: «Pourrions-nous supposer deux consciences distinctes et incommunicables faisant agir le même corps, l'une de jour et l'autre de nuit, et en sens inverse la même conscience qui ferait agir par intervalle des corps distincts ?»

    note : (2) «Essai sur l'entendement humain» Livre II, chapitre 27, publié en 1748 par John Locke.

Je me demande si, dans le premier cas, celui qui travaille de jour et celui qui travaille de nuit ne seraient pas deux personnes aussi distinctes que Socrate et Platon; et si, dans le second cas, il n'y aurait pas une personne en deux corps différents, tout comme un homme reste le même dans des vêtements différents. Le premier cas évoque «L'étrange cas du docteur Jekyll et de Mr. Hyde» (3). Étrange, ce philanthrope le jour devenu un monstre la nuit. Est-ce le fait de deux consciences distinctes et incommunicables ou plus surprenant d'une conscience encore bien plus complexe au point de fonctionner d'une manière incohérente suivant le contexte situationnel.

    note : (3) Une nouvelle écrite en 1886 par Robert Louis Stevenson disponible en français dans Folio classique.

Au moment où j'écris ces lignes, est posé le cas surprenant d'une personnalité de renommée internationale ayant eu des responsabilités de premier plan qui aurait pu commettre un viol? Ainsi, le réel aurait rejoint le virtuel. Poursuivons, ce cheminement dans les travées philosophiques. «Je est un autre», la formule paradoxale d'Arthur Rimbaud exprimée dans un courrier en 1871, et même contradictoire puisqu'elle identifie le sujet, le moi, le pôle d'identité de la personne avec son contraire un autre indéfini, étranger et même inconnu. 

Est-ce l'affirmation qu'il n'y a pas d'identité stable? N'est-ce pas retomber dans cette conscience infiniment complexe, comme je le crois? Cette conception du sujet infiniment complexe se heurte à celle de Descartes En effet, dans la «Méditation seconde» est énoncé que le moi est maître de ses pensées et responsable de ses actes, tant qu'il sait se garder des deux principales causes de l'erreur que sont la précipitation et les préjugés. «Je pense donc je suis»!

 

SPÉCULATIONS 

A contrario, Nietzsche affirme que l'étrangeté est au cœur de l'humain et prétendre le contraire a été fomenté par la volonté de trouver un support à la responsabilité. Je sens poindre le spectre du péché de la théologie chrétienne, marquée par le péché originel à l'origine du mal (4). Je vais tirer ma révérence car après avoir certainement heurté le monde des philosophes occidentaux, je ne veux pas affronter celui des spiritualités de notre Occident.

    note : (4) Une création de saint Augustin vers 397 dans son traité du «Libre arbitre».

Cependant, ma tentation est grande de les confronter à celles non dualistes de l'Extrême-Orient (5) et en particulier au Vedanta que je travaille actuellement (6) et de la doctrine de la vacuité que j'explore à nouveau (7). Ce sont des spiritualités non disjointes des philosophies de cette partie du monde à la grande différence de ce que nous connaissons en Occident. Nous laisserons aux philosophes et aux religieux le champ libre pour développer leurs spéculations, prouvant bien la complexité d'être un adulte avec sa propre identité. «Connais-toi toi-même et tu connaîtras l'univers et les dieux» (8), un défi inaccessible. Alors, il va falloir trouver des fondations pour donner de la matière au concept d'identité en se fondant sur nos expériences, c'est-à-dire en étant plus pragmatique. Les identités sont acquises.

     note :  (5) «Les philosophies orientales» dans «L'anthologie du savoir » aux Éditions du CNRS en 2011.

(6) «Soi L'expérience de l'absolu selon l'Asthâvakra-Gîta», traduit et présenté par Jacques Vigne aux Éditions Accarias en 2007.

(7) «Nâgârjuna et la doctrine de la vacuité» par le philosophe Jean-Marc Vivenza publié en 2001 aux Éditions Albin Michel.

(8) Inscription sur le fronton du Temple de Delphes, qui fut approfondi par Socrate.

Trois faits vont permettre de montrer l'importance de l'acquis par rapport à l'inné dans la construction de l'identité. Le premier concerne des personnes qui n'accèdent jamais à la condition humaine lorsqu'elles sont éloignées dès leur plus jeune âge d'autres adultes et de toute éducation humaine en étant adoptées par des animaux. Ce sont des enfants sauvages dont les comportements demeurent proches toute leur vie de celui du milieu animal dans lequel ils ont grandi. Parmi la cinquantaine de cas recensés depuis le XIVe siècle, 5 ou 6 sont été sérieusement authentifiés par des scientifiques. 

Le deuxième fait est celui des enfants élevés dans un milieu familial sans amour qui sont toute leur vie des épaves à la recherche d'une identité qui leur est masquée. En revanche, sont sauvés ceux qui ont la chance de rencontrer un adulte leur apportant ce qui leur a tant manqué. C'est le concept de résilience développé par Boris Cyrulnik (9) qui permet à un enfant de renaître malgré toutes les souffrances supportées et de devenir un adulte identifié.

    note : (9) Boris Cyrulnik est un neurologue, psychiatre, éthologue, psychanalyste français et enseignant l'éthologie humaine à l'université de Toulon. Il est de plus un auteur de livres réputés qui déclinent tous le concept de la résilience explicitée par des histoires souvent réelles.

Le drame de Marilyn Monroe (10) est de ne pas avoir rencontré cet adulte au cours de son enfance. Née sans père connu, élevée par une mère incapable de la moindre tendresse, ballottée dans des orphelinats et dans des familles d'accueil non accueillantes, elle n'a jamais eu le sentiment d'être aimable, de pouvoir être aimée. Malgré ses amours célèbres, ses succès d'actrice, tout le monde a été piégé par la magnifique image qu'elle  donnait et personne n'a découvert son immense désespoir jusqu'au jour où s'est laissé partir à jamais.

     note : (10) «Le murmure des fantômes» publié chez Odile Jacob par Boris Cyrulnik en 2003.

Le dernier film des Frères Dardenne Le gamin au vélo qui vient de recevoir Le Grand Prix du Festival de Cannes illustre bien qu'un peu d'amour peut sauver un enfant. Cyril, bientôt 12 ans, n'a qu'une idée en tête, retrouver son père qui l'a placé provisoirement dans un foyer pour enfants. Il rencontre par hasard Samantha, qui tient un salon de coiffure et qui accepte de l'accueillir chez elle pendant les week-ends. Mais Cyril ne voit pas encore l'amour que Samantha lui porte, cet amour dont il a pourtant besoin pour apaiser sa colère et rejaillir afin de se construire.

 

GUANTANAMO 

Le troisième fait concerne des membres de fratries éparpillées dès la naissance dans des milieux culturels différents dont les identités devenues adultes sont marquées par le cadre dans lequel ils ont grandi. Chaque identité est fragile au point d'en perdre conscience lors de situations dramatiques. Deux cas, le premier concerne des personnes emprisonnées dans des conditions visant à détruire leur personnalité, leur identité, afin de les faire avouer et dénoncer. Récemment, des détenus de la prison de Guantanamo ont apporté après leur libération des témoignages sur les conditions atroces subies (11). Un second cas est celui de vieillards dont la mémoire s'est éteinte au point de ne plus reconnaître leurs proches et se souvenir des événements forts de leur existence. J'ai connu cet état sans identité auprès de ma mère décédée à plus de 98 ans. Sans mémoire plus d'identité!

note : (11) Le livre du Mollah Zaeef, libéré après 1.168 jours de détentions dans la prison de Guantanamo, est le témoignage des conditions de vie révoltantes dans ce bagne tropical, humilié, soumis à des interrogatoires proches de la torture et totalement isolé dans une cage métallique, «Prisonnier àGuantanamo» publié en 2008.    

Chaque identité est ancrée par le vécu de chacun non seulement dans sa prime enfance mais tout au cours de sa vie. Le milieu familial, les études, la vie professionnelle, l'ouverture spirituelle, les influences culturelles, les copains, la vie sociale, le partage en couple avec ses difficultés et ses joies, la naissance et l'éducation de ses enfants, l'expérience de la mort de proches, le spectre de sa propre décrépitude et de sa mort... sont des moments intenses où chacun est marqué et doit se situer afin de conquérir et de faire évoluer son identité. Il faudrait ajouter l'influence du genre avec une part d'inné hormonal mais surtout une influence culturelle forte. Ces expériences de vie prouvent l'importance des acquis, les racines de nos identités. 

Ainsi, bien plus que la carte d'identité même sécurisée, l'identité exprime l'essence, la nature intime originale et sacrée de chaque individu. Cet être unique s'efforcera de défendre les valeurs auxquelles il est attaché, de s'engager pour des causes qu'il considère importantes, de vivre la dimension spirituelle, religieuse ou non, à laquelle il croit, de développer les connaissances et les compétences qui le passionnent, de faire reconnaître les talents qui le valorisent, d'être entendu dans les modes de  pensée propres à sa culture, de se situer dans les milieux (couple, famille, amis, entreprise…) qui le ressourcent, de rechercher un statut social et professionnel qui lui convient, de mener la vie dans la société qui le rend heureux, d'affronter les épreuves de la vie avec l'énergie qui permet de les surmonter…

 

SURSAUTS 

Les identités bafouées. Le drame apparaît d'une manière cruelle lorsque l'identité d'une personne est bafouée dans son essence. Vouloir l'assimiler à la culture majoritaire, le rejeter car il n'est plus comme avant, le considérer inférieur car venu d'ailleurs, le réduire à des positions subalternes, l'ignorer car vieux, SDF ou bien handicapé… sont des blessures qui génèrent souvent des claustrations ou suscitent des communautarismes dangereux qui excluent à leur tour ceux qui les ont exclus, à la différence de l'esprit communautaire qui accueille. Ou bien des sursauts de dignité. 

Ainsi, au cours du printemps arabe en Tunisie et en Égypte, des gens au péril de leur vie, épris de démocratie, écrasé par des dictateurs entourés de leur famille et de leur cour de profiteurs, ont chamboulé par la rue des régimes dominateurs. Ces révolutions ont été menées sans slogan religieux, montrant bien leur ancrage démocratique. Ceci est d'autant plus surprenant que l'Occident non musulman soutenait par des armes, des placements financiers en lieu sûr, voire des conseillers pour réprimer les émeutes, ces dictateurs considérés comme des remparts à un islamisme agressif. Certes, il faudra du temps pour asseoir cette espérance dans un cadre humaniste au point que je m'étonne lorsque j'entends des critiques sur les soubresauts d'instabilité. 

C'est oublier que les révolutions occidentales ont pris du temps, plusieurs années pour celle qui a débuté en 1789 en France. D'autres peuples arabes tentent de réaliser le même prodige face à des dictateurs sanguinaires comme en Libye, au Yémen et en Syrie. Les morts de la rue sont nombreux, le peuple continue, mû par une folle espérance. J'avais 7 ans en 1944 lorsque j'ai découvert admiratif les Français du maquis qui avaient participé à la libération de mon pays, je retrouve ce même  sentiment pour les libérateurs de ce printemps. J'espère que les ragots xénophobes envers les Maghrébins vont enfin disparaître. 

Je sens naître ces mêmes aspirations à la dignité dans des pays de la CEE comme la Grèce et l'Espagne, victimes d'une crise internationale dont les responsables sont ailleurs. Le petit peuple paie lourdement les diktats du FMI et des pays dominateurs de l'Europe alors que les personnes les plus fortunées continuent de s’enrichir (12). J'admire le courage lucide de Jean-Claude Juncker qui a récemment déclaré «On ne peut pas que cogner sur la tête des Grecs, il faut rompre avec les vieux principes(13) Je ne comprends pas l'intérêt d'une monnaie unique en Europe sans solidarité et sans politique commune.

    note : (12) Carlos Slim Helu, un Mexicain d'origine libanaise, est l'homme le plus riche du monde. Un titre qu'il occupe pour la seconde année consécutive, selon Forbes en 2011, le plus célèbre magazine américain en économie. Il possède de nombreuses entreprises dans la téléphonie, la télécommunication, la construction… Sa fortune est évaluée à 74 milliards de dollars. Entre 2010 et 2011, elle a augmenté de 20,5 milliards de dollars. Un scandale dans un pays où la pauvreté est très grande, 25% de la population n'a pas assez d'argent pour se nourrir et 36% survit sans avoir accès aux services de santé, selon des rapports très récents. Le premier Français, Bernard Arnault, est 4e, il est le patron du groupe de luxe LVMH. Il reste en 2011 le plus riche milliardaire de France avec une augmentation de sa fortune de 13,5 milliards de dollars en une année, évaluée maintenant à 41 milliards de dollars. Par comparaison, la fortune de Liliane Bettencourt, présidente de L'Oréal, n'est que de 14 milliards d'euros, environ une vingtaine de milliards de dollars, avec un accroissement d'environ 40% depuis 2009.

 (13) Le Jeudi du 30 juin 2011 en page 10.

À cinq mois de la fin de son mandat, M. Trichet, le président de la Banque centrale européenne, a suggéré jeudi 2 juin 2011, la création d'un ministère européen des Finances. Cet objectif est devenu essentiel pour donner à l'Europe une chance face aux hégémonies grandissantes et conquérantes. En effet, bientôt, d'autres pays sombreront à leur tour, même les États-Unis ne sont pas protégés (14). La thermodynamique l'affirme, le bon sens le prouve, il n'est pas possible de maintenir de telles différences car la tendance naturelle est l'espérance en plus d'égalité. «C'est comme en 1788» (15)? Il manque à l'Occident un Gandhi, un Mandela… mais serait-il élu? Alors que faire?

 note :  (14) Un véritable coup de semonce. Lundi 18 avril 2011, l'agence de notation Standard & Poor's (S&P) a, pour la première fois de son histoire, abaissé à «négative» la perspective d'évolution de la note de la dette américaine, doutant de la capacité de la classe politique à s'attaquer au déficit budgétaire du pays devenue abyssal.

(15) Titre de l'éditorial de Laurent Joffrin du «Nouvel Observateur » du 12 au 18 mai 2011.  

Imposer la pratique d'une langue unique, celle du groupe ayant le pouvoir  politique et économique n'est pas la réponse magique. Parler une même langue ne suffit pas pour balayer toutes les différences identitaires. C'est une fausse piste! Tout faire pour assimiler par la force, par l'argent, par l'éducation… ceux qui dérangent par leur diversité, est un viol de leurs racines identitaires, même s'ils sont consentants. C'est également une fausse piste de constituer des groupes, couples, associations, clubs, entreprises, États… avec des personnes formatées par une même culture, ayant les mêmes valeurs, le même genre, croyant en la même spiritualité, acceptant les mêmes règles de vie et les mêmes rituels, avec des modes de pensée et d'action compatibles, voire identiques, parlant la même langue… Des tribus. 

À ce niveau, je vais tenter de parler de laïcité, un sujet tabou surtout dans les pays où une religion est majoritaire, un sujet délicat heurtant ceux qui croient être dans la vérité, la vérité absolue de leur foi, au point pour certains de s'autoriser à prôner l'intolérance. Cette attitude va à l'encontre du respect de l'identité religieuse d'autrui. À titre personnel, je considère que tout homme a le droit de vivre son chemin de spiritualité, religieuse ou non. J'apprécie de partager avec des personnes de bonne foi en silence des temps où chacun vit son intériorité. Par amitié pour un moine trappiste, je me permets de faire part de sa réponse à ma question sur sa vie de méditant: «En présence, en silence, dans un regard d'amour partagé», avec Dieu, avec ses frères dans la foi et certainement avec tous les humains. Quand j'entre en silence dans un lieu de paix, je m'efforce de m'ouvrir au partage dans la richesse des diversités spirituelles. 

Dans le cadre des relations entre l'État et les religions, en France, la laïcité est un principe édicté dans la loi de 1905, qui distingue le pouvoir politique des organisations religieuses – l'État devant rester neutre – et garantit la liberté de culte (les manifestations religieuses devant respecter l'ordre public); il affirme parallèlement la liberté de conscience et ne place aucune opinion au-dessus des autres (religion, athéisme, agnosticisme ou libre-pensée), construisant ainsi l'égalité républicaine. Cette position me convient car la non-ingérence de l'État dans le domaine des religions et inversement est un témoignage de respect et de tolérance réciproques des missions de chacun. 

En fait même en France, la situation est moins tranchée. La religion permet parfois au politique d'accroître ses chances d'être élu ou réélu. Le politique permet aussi à la religion majoritaire de maintenir des droits, voire des privilèges. Comment expliquer autrement que le président de la République française ait été installé chanoine d'honneur de la basilique Saint-Jean de Latran à Rome, le jeudi 20 décembre 2007? Qu'aurait fait Jésus qui a chassé les marchands du Temple (Évangile de Jean 2 13-22)?

 

TRANSCENDANCE 

Plus récemment en France, une confusion grave s'est développée entre laïcité et immigration surtout magrébine et africaine au point de traquer les sans-papiers comme des brebis galeuses, d'interdire le voile islamique même pour des femmes non soumises au pouvoir masculin et de mettre des bâtons dans les roues des municipalités qui veulent implanter des mosquées, dignes des croyants de l'islam, la deuxième religion de France.

La richesse des identités ! Je suis convaincu de cette richesse si chacun accepte d'entendre l'autre, même lointain, de le reconnaître comme un élément indispensable à la réalisation de son soi et à la réussite d'objectifs motivants définis en commun. C'est cette reconnaissance et cette identification à des projets communs qui donnent sens à la vie. Certes, c'est plus difficile à réaliser que d'imposer les valeurs, les talents de l'élite, les identités majoritaires à ceux assimilés à des moutons. Apprendre à vivre ensemble est une évolution sociétale qui risque d'avorter car elle bousculerait trop de jeux de rôles égoïstes et de pouvoir, en allant à l'encontre de ce qui est considéré comme politiquement correct, socialement normal, religieusement bien-pensant. 

Ne  désespérons pas car déjà, il existe des couples épanouis constitués de personnalités identitaires étonnamment différentes, des associations et des clubs bigarrés rayonnants, des rencontres entre des communautés monastiques chrétiennes et des sages de spiritualités musulmane (16), bouddhique, hindouiste (17) qui permettent d'approfondir le regard de chacun sur la transcendance qui l'anime, sans intolérance envers le chemin de l'autre.

note : (16) Citons en exemple les rencontres amicales, régulières et profondes entre deux communautés religieuses voisines en Bourgogne : les moines cisterciens de l'abbaye de Cîteaux, un ordre catholique qui promeut l'ascétisme, la rigueur liturgique et érige le travail en valeur cardinale et une communauté soufie qui vit la dimension spirituelle, mystique et ascétique de l'islam. 

 (17) Pour découvrir la richesse des diversités spirituelles, je recommande la lecture d'un petit livre du bénédictin André Gozier «Henri Le Saux, un moine chrétien à l'écoute des Upanishads», chef-d'oeuvre de la spiritualité hindoue, publié en 2006 aux Éditions Arfuyen.

Il existe des entreprises où les talents, les cultures, les niveaux et les domaines de compétences et de connaissances sont entendus, reconnus et valorisés, un garant de la réussite des entreprises où il fait bon travailler, des pays du Nord de l'Europe parmi les plus engagés dans une voie humaniste, avec notamment un fort équilibre entre les hommes et les femmes et des écarts de salaires bien inférieurs à ceux d'autres pays occidentaux (18).

 note :   (18) Carlos Ghosn, PDG du groupe Renault-Nissan, est le mieux payé des patrons du CAC 40. Son salaire mensuel est égal à ce que reçoit en 50 ans une personne exerçant un métier à bas salaire, soit environ 700 fois plus qu'un SMIC. Le salaire moyen des PDG du CAC 40 est 190 fois plus élevé que le SMIC. Par comparaison, «the CEOs Sweden'50 largest companies earn on average 40 times than an industrial worker, a finding that a union organization head believes is “totally unacceptable” and requires a “popular uprising” to remedy» (The Local Sweden's News 07/02/2011) 

L'équipe de France de football composée de blancs, de blacks et de beurs a gagné la Coupe du monde en 1998. Sans cohésion, sans désir de se défoncer pour gagner, sans accorder à chacun le rôle qui lui revenait, avec l'argent comme seule motivation, une équipe semblable a été éliminée très rapidement en 2010!  Où sont les sages de notre temps? 

BERNARD BAUDELET PROFESSEUR DES UNIVERSITÉS ET CONSULTANT COACH 28 MAI 2011

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